Beurre et argent du beurre
Un film documentaire de Philippe Baqué et Alidou Badini.
Résumé
Le commerce équitable est aujourd'hui en vogue. Il prétend aider les populations les
plus déshéritées de la planète à émerger grâce à une répartition plus juste des revenus.
Le beurre de karité, produit par les femmes les plus pauvres du Burkina Faso, est de
plus en plus apprécié en Europe où il est utilisé dans les produits cosmétiques ou
comme substitut du cacao.
En partageant la vie de ces femmes, le film nous conduit au cœur des problèmes de
survie de l’Afrique. Différentes expériences de commerce équitable prétendent les
aider. Mais, à qui profite vraiment l’argent du beurre ? Il est difficile d’échapper aux
implacables lois du marché et, seuls, quelques individus tentent de rompre avec elles.
Dans cette confusion, quel consommateur a le temps et les moyens de regarder derrière
l’étiquette ?
Intention des auteurs
Nous sommes deux réalisateurs qui avons l'habitude de travailler sur les
mutations sociales et économiques de nos sociétés contemporaines. Alidou Badini
connaît bien le monde rural de son pays, le Burkina Faso, et a tissé des liens avec les
femmes qui luttent au quotidien pour la survie de leur famille. Philippe Baqué
s'intéresse à l'économie alternative et a suivi le développement du commerce équitable.
En Afrique, de nombreuses actions humanitaires prétendent réduire la pauvreté.
Elles sont souvent menées dans le cadre de grands principes censés apporter un remède
miracle. Un temps, ce fut le « développement durable ». Aujourd’hui, le « commerce
équitable » a pris la relève. Ses protagonistes permettront-ils enfin à l’Afrique de jouir
de ses richesses ? Le commerce équitable est actuellement en vogue en Europe. Des
boutiques en tout genre s'en réclament et les grandes chaînes de supermarché lui
ouvrent leurs rayons. Si à ses débuts, les principes du commerce équitable étaient
clairement en rupture avec le commerce dominant et la spéculation financière qui le
guide, ils nous semblent aujourd'hui beaucoup plus confus. Nous avons ainsi souhaité
revenir aux sources du commerce équitable pour savoir s'il peut encore ouvrir des
portes sur un autre monde.
Nous avons rencontré en France les responsables de l'entreprise Andines, qui
furent dans les années 80 à l'initiative du commerce équitable. Nous les avons suivis au
Burkina Faso durant leur visite à Laafi, un groupement de productrices de beurre de
karité. Plusieurs séjours parmi ces femmes nous ont convaincus que leur relation avec
Andines satisfaisait leurs exigences de justice économique et sociale et était
exceptionnelle dans la filière karité. La plupart des intermédiaires, des exportateurs ou
des ONG prétendent aider les productrices à sortir de la misère. Certains se réclament
même abusivement du commerce équitable. Nous avons découvert que, dans la
pratique, l'accroissement de la demande de karité en Europe ne profite pourtant pas
aux productrices. Les lois du marché ne leur permettent que la survie. Les femmes de
Laafi, elles, s'en sortent et leur exemple dérange.
A travers une série de portraits, nous réaliserons une mise au point pour faire
connaître le commerce équitable, tout en nous interrogeant sur la place réservée à un
idéal généreux et solidaire dans nos sociétés contemporaines.
Synopsys
Dans la savane du Burkina Faso, l'arbre à karité occupe une place importante
dans l'économie de subsistance villageoise. Les femmes extraient les amandes de ses
fruits pour les transformer en beurre aux multiples vertus, utilisé dans la cuisine et
pour les soins du corps. En vendant le karité, sous forme d'amandes ou de beurre, elles
se procurent un petit revenu complémentaire.
Dans un petit village du sud-ouest du Burkina-Faso, nous partageons le
quotidien de deux co-épouses, depuis la récolte des fruits du karité et la préparation du
beurre jusqu'au marché local. Dans la même région, nous suivons le travail harassant
de femmes réfugiées de Côte d'Ivoire qui produisent du beurre de karité pour le
compte d'une association caritative. Toutes ces femmes vendent leurs produits à
différents réseaux d'intermédiaires et de commerçants qui sillonnent les campagnes et
achètent au plus bas prix. L'un approvisionne en amandes le représentant d’une
importante société hollandaise, qui en exporte en Europe plusieurs milliers de tonnes.
Elles sont transformées en beurre dans des usines et revendues aux industries agro-
alimentaires. L'autre réseau alimente en beurre une mystérieuse société française de
cosmétique. Dans les deux cas les bénéfices sont juteux, mais la part qui revient aux
productrices burkinabées est infime : elles ne peuvent pas en vivre.
Nous voulons montrer qu'un autre type de relation économique est possible.
Dans la filière karité du Burkina Faso, plusieurs expériences de commerce équitable
sont en cours. Juste prix, préfinancement, transparence... sont quelques-uns de ses
principes. Mais ces expériences peuvent-elles échapper aux lois implacables du
marché? Leurs acteurs français affichent les mêmes intentions, mais sur le terrain leurs
pratiques diffèrent.
Nous suivons au fil des semaines quelques femmes du groupement de
productrices de beurre de karité de la ville de Léo. Elles reçoivent la visite d'un de
leurs clients français, un responsable de la société L'Occitane, qui se présente à elles
comme l'initiateur du commerce équitable. Des ONG proches de l'association Max
Havelaar sont aussi en relation avec les femmes de Léo pour préparer des commandes
dans le cadre du commerce équitable. Mais la transparence tant vantée n'est pas
toujours au rendez-vous et les prix "justes" sont critiqués par les femmes du
groupement. En France, nous suivons le parcours du beurre de karité jusque dans les
locaux de L'Occitane. Quelle part du prix de vente revient aux femmes? Leur travail
est-il pris en compte? Les responsables nous donnent leur version du commerce
équitable. Comment le respectent-ils? Comment est-il contrôlé?
A Tenkodogo, nous nous familiarisons avec les productrices du groupement
Laafi. Depuis trois ans, elles fournissent du beurre de karité à la société française de
commerce équitable Andines. La présidente de Laafi a acquis une grande connaissance
de la filière karité. Elle explique les difficultés à établir un commerce plus juste. Selon
elle, seul le prix proposé par Andines peut permettre de rémunérer correctement le
travail des femmes. Il est cinq fois plus élevé que celui de L'Occitane. Nous suivons la
relation de confiance que les femmes de Laafi ont tissée avec la responsable
d'Andines. Comment cette expérience est-elle possible et viable?
Mais l'exemple de Laafi et Andines dérange au sein même du petit monde du
commerce équitable. Cette appellation, non contrôlée, a-t-elle encore un sens ?
Fiche technique
Année de production : janvier 2007
Durée : 52 mn et 62 mn
Format de diffusion : DVCam ou Béta SP couleur
Réalisation : Philippe Baqué et Alidou Badini
Image : Alidou Badini et Arlette Girardot
Son : Isidore Lallé Sam et Honoré Soulama
Montage : Jean-François Hautin
Production :
La SMAC – Jean-François Hautin
SAHELIS – Sékou Traoré
En coproduction avec Télessone
Avec la participation du Centre National de la Cinématographie et du Fonds Images Afrique du Ministère français des Affaires Etrangères
Et le soutien Du Fonds Francophone de Production du Sud De la Région Aquitaine et de la Procirep
Commande
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Source : 100pour100equitable.oxatis.com